lundi 15 janvier 2018

Importance de la Foi – II

Ce dernier Kyrie Eleison répond avec précision aux objections des ralliés. Il est aussi l'occasion de bien rappeler l'essence du vrai martyre qui est d'abord un témoignage à la vérité de la Foi. Ainsi faire le choix d'obéir en souffrant silencieusement sous l'autorité de ceux qui amenuisent ou détruisent la Foi est bien loin de plaire au ciel.

Dieu est toujours présent, quoiqu’il soit invisible.
La foi réelle en Lui rend le Ciel accessible.


Excellence,

A la suite d’une conversation avec un prêtre bénéficiant de l’Indult (prêtre obéissant aux responsables de l’Église officielle, mais autorisé à dire la vraie messe) je me trouve quelque peu troublé quant à la position prise par Mgr Lefebvre pour défendre la Foi. J’avais toujours pensé qu’il avait raison mais voilà, maintenant je n’en suis plus si sûr. Voici quelques-uns des arguments avancés par ce prêtre :

1 Mgr Lefebvre a désobéi à Rome. Cela prouve qu’il était orgueilleux.

2 S’il avait abandonné la Fraternité et ses séminaires pour obéir à Rome, il aurait été héroïque.

3 S’il a désobéi à Rome pour sauver la Tradition, il a fait le mal afin d’obtenir un bien, ce qui n’est pas permis.

4 Obéir à un pape aussi mal orienté que le pape François est un martyre par lequel on imite le Christ.

5 Spirituellement parlant, se jeter dans la gueule du lion romain comme le fait Mgr Fellay, est héroïque.


Cher Monsieur,

En temps normal, l’Église catholique donne aux fidèles des directives claires quant à ce qui est vrai ou faux, bon ou mauvais. Cela préserve les âmes d’être dans la confusion. Mais depuis le Concile Vatican II (1962–1965), nous ne sommes plus dans une époque normale. La raison en est que les autorités romaines ont abandonné la vraie religion catholique pour adopter une autre religion, fausse et artificielle, que nous pouvons appeler la religion conciliaire. Si bien que, depuis les années soixante, les catholiques sont désorientés du haut en bas de la hiérarchie de l’Église : ils veulent aller simultanément dans deux directions différentes. Par exemple, votre prêtre, bénéficiant de l’indult, dit la Messe de la vraie religion, mais en même temps, il veut obéir aux autorités romaines imbues de la fausse religion . Rien d’étonnant à ce vous soyez désorienté en l’écoutant. Vous serez troublé tant que vous n’aurez pas parfaitement compris la différence entre la vraie religion révélée par Dieu et la religion conciliaire faite de main d’homme. Peut-être Dieu vous appelle-t-Il à réfléchir davantage sur ce sujet ?

Nous sommes catholiques par la Foi à laquelle nous croyons, par les sacrements que nous recevons et par la hiérarchie à laquelle nous obéissons. Mais avant tout, nous sommes catholiques par la Foi. Sans elle, nous ne nous poserions aucune question à propos des sacrements ou de la hiérarchie. En conséquence, pour un catholique, c’est la foi qui est fondamentale. Or, les autorités romaines ont abandonné la foi lors de Vatican II. Ils ont voulu se déconnecter de la longueur d’onde de Dieu pour se brancher sur la longueur d’onde de l’homme moderne. C’est en quoi la religion conciliaire contredit fondamentalement le catholicisme. Elle adopte un point de vue totalement différent à partir duquel elle redéfinit l’orgueil, l’héroïsme, l’obéissance, etc. Le point de vue catholique est vrai, le point de vue conciliaire est faux. Passons maintenant aux arguments du prêtre utilisant l’Indult :

1 Mgr Lefebvre n’était pas orgueilleux : il défendait la vérité divine et plaçait Dieu avant l’homme. Au contraire, les hérétiques comme Luther et les conciliaires sont orgueilleux parce qu’ils somment Dieu de plaire aux hommes.

2 Il a été héroïque, en ne pas cédant à Rome, et en résistant à Rome, afin de réserver toujours à Dieu la première place.

3 En faisant ce qu’il a fait pour sauver la Tradition, il a fait le bien et non le mal, car il posait des actes bons pour réaliser le bien.

4 Le martyre catholique ne consiste pas à souffrir le mal et la mort pour n’importe quelle cause, mais uniquement pour la vraie Foi. Mgr Lefebvre a souffert un vrai martyre, en ne pas cédant aux papes qui étaient tombés dans l’erreur, et en faisant tout ce qui était en son pouvoir pour leur faire comprendre qu’ils abandonnaient la vraie Foi.

5 Au contraire, les successeurs de Mgr Lefebvre, depuis l’an 2000 au moins, font tout ce qu’ils peuvent pour placer la Fraternité Saint Pie X sous le contrôle des autorités conciliaires. Leurs efforts n’ont rien d’héroïque car ils visent à faire passer l’homme avant Dieu. Ils ne sont ni martyrs, ni de vrais imitateurs du Christ ; en revanche ce sont de vrais orgueilleux.

J’espère, cher Monsieur, que vous comprenez maintenant l’importance de tout juger dans l’Église à la lumière de la Vérité et de la Foi. Car la relation d’un homme avec Dieu consiste fondamentalement en sa foi ou son absence de foi. S’il le veut, un homme peut choisir l’Enfer. Mais s’il veut accéder au Ciel du seul vrai Dieu, alors il doit commencer par croire en Lui, selon la vraie Foi.


Kyrie eleison.

samedi 13 janvier 2018

Le bien commun (Partie IV)

L'abbé Chazal donne ici une notion exacte du sacrifice qui, de soi, ne se rapporte qu'à Dieu puisque le sacrifice consiste dans le fait de faire du sacré ("sacrum facere"). On voit combien peut être fausse la notion de sacrifice faite dans une société qui détourne de Dieu (voire dans l'église conciliaire). Les prêtres, qui se sacrifient pour supporter une société dont les principes directeurs éloignent de Dieu et de la Vérité ( du bon sens),  font-ils réellement un sacrifice ?

IV - LA LOYAUTÉ AU BIEN COMMUN EST-ELLE POSSIBLE SANS SACRIFICE?

-Objection I : Réinvitons joyeusement Staline, Hitler, Mao, Fidel, Pol Pot et les autres moins célèbres gaspilleurs de l'humanité! 

-Objection II : Dire que l'individu est pour l'État est une notion dangereuse qui finit par reléguer la famille, voire même l'Église au rang d'instrument de l'État. Exalter l'idée de sacrifice au service de cette notion ne fait qu'empirer les choses. 

-Objection III : Faire rentrer cette notion de sacrifice en politique est bien ridicule; veut-on confondre le temporel et le surnaturel. 


*  La contemplation du souverain bien est une joie de ( l'âme qui nous attire hors de nous-mêmes diversement : elle nous penche sur les besoins des faibles et nous prépare au sacrifice pour le tout.
Par le mot sacrifice, nous n'entendons pas la notion d'effort et de destruction pénible, parce que la pénibilité n'est qu'une circonstance possible (et de fait fréquente) du sacrifice, tandis que le sacrifice lui-même est un acte par lequel l'esprit de l'homme est amené en Dieu. En soi un sacrifice n'est dû qu'à Dieu, mais on peut tout de même observer une certaine ressemblance entre les actes qui lient les hommes à Dieu et ceux qui les unissent à la société, pour la raison que l'amitié politique est une amitié envers un être supérieur, quoique non divin, et que rien n'est plus divin que le bien commun. (St Denis). Si la Cité réalise la nature humaine, est-il est surprenant que l'homme se voue aussi à elle?
C'est ici que les notions de loyauté et de sacrifice se rejoignent. Être loyal, c'est être lié en esprit et en action, de même que l'on se lie en esprit à celui auquel on sacrifie. La vigueur d'une société vient du degré de sa présence aimée dans l'esprit de ses membres. Tout ce qui suit n'est que conséquence: l'oubli de soi, les efforts et la générosité, la soumission aux chefs imparfaits, la volonté de s'accommoder avec les autres membres, coûte que coûte, pour la paix intérieure, etc. 


*  En d'autres termes, il s'agit pour les membres de réaliser qu'il ne sont qu'un seul corps, identifiant comme leur bien et fonctionne ment propre, le bien et le fonctionnement de l'ensemble du corps et de chacune de ses parties et l'union de toutes les parties entre elles par leur chef. Le bien commun est le meilleur bien du bien particulier et non la petite bulle ( électronique, entre autres bulles) dans laquelle beaucoup s'enferment aujourd'hui. 

Ainsi, l'agent de toute entreprise coordonnée peut légitimement mériter pour toutes les actions du corps dans lequel il a servi. Le tout peut être attribué à l'ensemble des parties (I, 77, 1, 1) : La petite ménagère du CHU de Gennevilliers a sa part de responsabilité dans les opérations à cœur ouvert qui se déroulent dans cet hôpital; le percussionniste de l'orchestre, même s'il n'est pas un Karajan, a bien joué la Cinquième etc. On dira ce que l'on voudra de la société japonaise des temps anciens, mais quelque chose force l'admiration: l'idée que chacun de ses membres s'adonne à accomplir avec perfection la moindre de ses tâches, du lever au coucher du soleil, en ayant toujours en présence la grandeur du Japon et le service de l'Empereur. Le libéralisme amené au Japon aura bien plus détruit le pays que n'importe quelles bombes nucléaires.

*  Tout cela suppose une habitude d'esprit, qui est en fait l'essence même du progrès social de l'humanité. Comparées au progrès spirituel, les prouesses techniques ne sont qu'un critère accessoire pour reconnaître une civilisation avancée, tandis que le degré de l'amitié politique est le critère essentiel. Les philosophes grecs ne s'y sont pas trompés, même s'ils n'ont pas toujours connu le chemin à prendre. Le sens du mot Samouraï va droit au but : Servir. 

- Réponse I : Les hommes restent encore sous le charme du même sophisme. Ce n'est pas parce que ces messieurs auraient quelque peu abusé de la générosité de leurs peuples que l'on doit placarder sur l'idée de sacrifice la kyrielle libérale d'adjectifs médiatiques mal connotés. 

- Réponse II : L'État n'est pas le bien commun, mais simplement un instrument de ce dernier. La sagesse antique, reprise par la sagesse chrétienne démontra que l'harmonie des parties entre elles réalise un bien tellement supérieur qu'il est le meilleur bien de la partie et justifie que l'on s'y dévoue intensément. 

- Réponse III : Toute réalité temporelle qui ne comporte pas d'assise spirituelle ne peut pas être stable, ou porter vie et répondre aux soifs humaines. Même les sociétés qui se targuent de laïcisme prétendent avoir un idéal; dévoyé certes, mais âme quand même. Malgré le paradoxe que cela représente, elles ont toujours loué l'héroïsme de ceux qui se sont sacrifiés pour l'individualisme! 







jeudi 11 janvier 2018

Les Amis du Sacré Cœur dans les Pyrénées

Alors que le diable travaille sans relâche pour désorienter les pasteurs et pour perdre le plus d'âmes possibles dans la géhenne éternelle, les Jeunes des Amis du Sacré Cœur ne relâchent rien de leur labeur apostolique pour ramener les esprits et les cœurs au Bon Dieu. C'est dans cet esprit qu'ils ont sacrifié la douceur des vacances de Noël en famille pour organiser un très beau camp de ski (et bien d'autres activités comme de la spéléologie ). Une bonne trentaine de jeunes se sont donc donnés rendez-vous pendant une semaine (du 28 décembre au 4 janvier) dans les Pyrénées pour prier, discuter de graves sujets religieux, mais aussi pour souder une amitié chrétienne par des activités sportives et culturelles et malgré un temps déplorable, la bonne humeur fut de règle du début jusqu'à la fin ! Deo gratias !













mardi 9 janvier 2018

Le bien commun (Partie III)

Voici une très belle considération de l'abbé Chazal sur les parties "faibles" d'un corps social. Il n'est pas rare dans les milieux de la Tradition (voir certaines congrégations religieuses) de ne considérer valables que les grands bourgeois argentés et la noblesse à belles particules. C'est oublier la complémentarité de toutes les âmes dans la société chrétienne.

III- LA PARTIE FAIBLE EST-ELLE UNE GÊNE POUR LE BIEN COMMUN?

- Objection I : Être gentil et miséricordieux fait pleurer dans les chaumières et vaut bien quelque chose, mais dans la vie réelle, ce qui est faible et déficient ne se maintient pas, freine l'ensemble et laisse forcément la place à ce qui est achevé, pour le progrès de l'espèce et de la civilisation. 

-Objection II : La peine de mort n'est-elle pas le retranchement de la partie faible pour le bien commun? 

-Objection III : N'est-il pas plus utile à la société de se concentrer sur ses élites, quitte à ce que ces élites recherchent ensuite le bien des plus faibles. Charité bien ordonnée commence par soi-même. 


Il est de la nature de l'acte (ou perfection) d'agir abondamment : agir par indigence est le fait d'un agent imparfait, déterminé à agir ou pâtir. Mais cela ne convient pas à Dieu. Aussi Dieu, [l'Acte pur], est absolument libéral, agissant non pour son utilité mais pour sa bonté. (I, 44,4, 1). 

Agir est-il autre chose que communiquer sa propre forme? Une forme parfaite tend naturellement à entrer en communication avec une forme faible ou inachevée selon cette amitié ou fondement de l'ordre entre les parties de la Cité, (Cf. Intro. Chap. II), ce désir de communiquer une joyeuse similitude. 

Ainsi, la partie forte n'a rien à redouter de la faible; l'œil ne peut pas dire à la main 'je n'ai pas besoin de ton aide' et la tête ne peut pas dire de même aux pieds: 'vous ne m'êtes pas nécessaires.' Bien au contraire, ceux qui apparaissent comme les membres les plus infirmes du corps sont plus nécessaires et les membres que nous pensons être les plus ignobles de notre corps sont entourés d'un honneur plus abondant; et les choses honteuses en nous ont une plus grande bonté. 

Les choses de valeur en nous n'ont besoin de personne, mais Dieu a ainsi tempéré le corps en rendant plus d'honneur à celui auquel manque quelque chose, de telle sorte qu'il n'y ait point de schisme dans le corps, mais que tous les membres aient de la sollicitude les uns envers les autres. 

Tout est dit dans St Paul (I Cor. XII, 21-25): la partie faible est inévitable et, qui plus est, elle est beaucoup plus qu'un problème à régler. Elle est l'occasion pour le bien commun de toucher à sa perfection. En effet, ce qui est déjà parfait ne connaît pas d'augmentation, si ce n'est en diffusant sa bonté sur ce qui réclame de l'assistance à cause de sa faiblesse (I, 103, 6, c). 

Ce qui est faible et vil chez nous ne l'est pas au point où rien ne puisse être fait pour l'élever. L'homme garde toujours une petite étincelle qui peut être ravivée par l'action des meilleurs et la faiblesse connaît des retournements. Autrement, il faudrait croire en une guerre perpétuelle des puissants contre les faibles, un chaos indéfiniment tyrannique, tel que la civilisation Maya. 

Comme l'indiquent les codes de chevalerie, le rôle du fort est de se pencher sur le faible, au lieu de s'isoler et de croupir narcissiquement. 

Les hommes ne sont pas tous forts au même moment et leur force se situe entre deux moments de faiblesse, l'enfance et la vieillesse. Rien ne leur donne plus d'énergie que de savoir qu'ils seront entourés et protégés dans leurs moments ultérieurs de faiblesse, à l'inverse de la froideur régnante. 

En outre, toutes les parties portent leurs faiblesses particulières. Il y a certes des parties plus fortes que les autres; mais, comme pour le corps, le chef a ses vulnérabilités et dépend de la partie faible. Si l'obscur pancréas cesse de travailler, le chef aura tôt fait de mourir. Le bien commun est une organicité (cf. art. I). 

Tout l'art du gouvernement des hommes est là : produire un bien commun à partir d'une collection d'agents comportant chacun leurs propres défauts, limitations et courtes vues. La Providence excelle dans le choix de tels instruments, à tel point que St Paul dit que la puissance atteint sa perfection dans la faiblesse. Virtus in infirmitate perficitur

Ainsi, les faiblesses mutuelles nous incitent à rentrer plus étroitement en société, à cause de la recherche du soutien mutuel. Bien utilisées, elles renforcent l'unité, ce bien premier de tout État (et de tout être). 

- Réponse I : C'est le lion et le rat de La Fontaine. Des personnalités obscures sont souvent choisies pour rendre des services inestimables au bien commun. 

- Réponse II : La peine de mort est un châtiment que l'on inflige à contrecœur, parce que l'on craint un grand danger pour les autres parties faibles, parce que telle partie est incurable et risque de gangrener le corps social; ou qu'il n'y a pas d'autre moyen de lui faire réaliser préventivement la portée de ses actes mauvais. 

- Réponse III : D'où viennent les élites assez souvent? D'un grand échantillon de personnes médiocres, à tel point que l'on pourrait dire que faire de l'élitisme consisterait à travailler la pâte de la population jusqu'à ce que la magnanimité se lève en son sein. Si elles pourrissent dans une vaine complaisance, les élites finissent par être elles-mêmes retranchées. Elles s'exercent au contraire par la sollicitude envers les faibles et gardent ainsi fraîcheur et éclat.

dimanche 7 janvier 2018

La FSSPX en 2018 ?

Kyrie eleison DXLVII (6 janvier 2018)

Saint Paul nous a conseillé “Doctrine et piété”,
Catholiques ! Lisez, priez, pour ne pas chuter !


Devant le déclin du monde, qui ne cesse de s’accentuer, les gens sont de plus en plus nombreux à ouvrir les yeux et à se demander comment cela va finir. Alors que le pape dirige résolument l’Eglise catholique vers sa dégénérescence en semblant vouloir effacer les dernières traces de l’Eglise préconciliaire, de plus en plus de catholiques ouvrent les yeux et se demandent si le Concile (1962–1965) n’a pas représenté, pour la véritable Église catholique, un virage problématique. Ils regardent alors du côté de la Fraternité Saint-Pie X, fondée en 1970 par Mgr Lefebvre, précisément pour assurer la continuité avec l’Église préconciliaire. Mais que trouvent-ils ? Un groupe de prêtres, prêts à sympathiser de plus en plus avec l’Église postconciliaire, s’exprimant de moins en moins clairement sur Vatican II, et glissant dans les bras de la Rome conciliaire. Résultat ? Beaucoup d’âmes, à la recherche de la Vérité, sont plus désemparées que jamais : alors que va-t-il advenir de l’Église et la Fraternité Saint-Pie X en 2018 ?

Les âmes à la recherche de la Vérité doivent lire (par exemple Le Rhin se jette dans le Tibre de Ralph Wiltgen, ou Lettre aux catholiques perplexes de Mgr Lefebvre). C’est grâce à ce genre de lecture que de nombreux catholiques, dans les années 1970 et 1980, ont trouvé le chemin conduisant vers le mouvement Traditionnel où ils ont retrouvé la véritable Église, dont ils savaient qu’ils l’avaient perdue après le « renouveau » du Concile. Et en Mgr Lefebvre (1905–1991), ils ont trouvé un chef ayant une vision clairement catholique de l’événement du Concile : cette assemblée s’était tenue sous la pression du monde moderne afin que l’Église se conforme au monde moderne, alors que depuis le début de l’Église et jusqu’au XXe siècle, c’était l’Église qui avait toujours exigé du monde qu’ il se conforme à Dieu.

Dans cette perspective, Vatican II représentait un bouleversement, un renversement complet, sans précédent dans toute l’histoire de l’Église ; mais les Pères conciliaires étaient presque tous plus ou moins désorientés par le monde moderne. Et ce bouleversement a désorienté l’Église officielle depuis le Concile jusqu’à nos jours. Donc étant donné que les ennemis de Dieu et de l’homme étaient derrière le monde moderne et derrière Vatican II ; et étant donné que, par une juste punition de Dieu, ils sont profondément incrustés dans les bureaux du Vatican, alors en 2018, à moins d’un miracle ou d’événements graves qui interviennent, l’Église officielle continuera sa dégringolade.

Et qu’en sera-t-il de la Fraternité Saint Pie X en 2018 ? Dans six mois, début juillet, se tiendront des élections pour choisir les trois hauts responsables de la FSSPX : le Supérieur Général et ses deux Assistants. Ils seront investis pour 12 ans. Si les 40 prêtres de la Fraternité habilités à voter lors de ces élections, souhaitent que la FSSPX poursuive sa glissade dans les bras de la Rome conciliaire, c’est-à-dire à épouser l’Église officielle, alors ils voteront pour réélire Mgr Fellay au poste de Supérieur Général. Il pourra ainsi parfaire son travail qui consiste à changer ce que voulait Mgr Lefebvre. En effet, alors que celui-ci affirmait clairement la nécessité de résister à Vatican II, Mgr Fellay a le projet nébuleux de mélanger la Tradition catholique avec Vatican II, ce qui revient à vouloir mélanger l’eau et le feu. Paul VI (1963–1978) avait déjà rêvé de sauver à la fois l’Église et le monde moderne en les fusionnant lors de Vatican II. De fait, il est presque parvenu à anéantir l’Église par sa lubie tyrannique. De même, Mgr Fellay désamorce la Fraternité en lui imposant une lubie similaire : opérer une réconciliation messianique issue de son imagination entre la Tradition et le Concile. Cette vision est bien différente de celle de Mgr Lefebvre. Comment les 40 prêtres voteront-ils ? De leur vote dépendra l’évolution de la Fraternité en 2018, au moins à partir de juillet.

Mais Vatican II n’a pas été sans cause. N’est-ce pas ce fossé toujours grandissant entre la vraie Église de Dieu et l’homme moderne ? Vouloir concilier les deux, nécessite un effort insoutenable. Les Pères du Concile ont fait naufrage en s’y essayant. Mgr. Lefebvre, lui, a tenu bon sur les principes catholiques et il a fondé la Fraternité Saint Pie X. Mais ses successeurs ont craqué tout comme les Pères du Concile. Un monde sans Dieu nous entoure aujourd’hui, car le chant de ses sirènes est très séducteur. Il revient aux catholiques de “veiller et prier” – Il faut qu’ils lisent, qu’ils lisent beaucoup ; ils faut qu’ils aient une réelle vie de prière pour s’accrocher à Dieu. – Qu’ils récitent chaque jour les 15 Mystères du Rosaire.

Kyrie eleison.

jeudi 4 janvier 2018

COLLOQUES AVEC MGR MARCEL LEFEBVRE



En supplément au dernier Bulletin de la Sainte Croix, Dom Thomas d'Aquin partage avec nous ses souvenirs des conversations qu'il a eues avec Mgr Lefebvre.  Nombreuses sont les similitudes avec la situation actuelle : à son époque, Mgr Lefebvre était accusé de "résistancialisme" ! 

C’est en 1975 que je vis Mgr Lefebvre pour la première fois. Il est venu à notre Monastère de Sainte Marie-Madeleine à Bédoin dans le sud de la France, pour conférer les ordres mineurs à deux de nos frères, le frère Jean de Belleville et le frère Joseph Vannier. Le sermon de Mgr Lefebvre m’impressionna par sa sérénité. Il respirait la paix, cette paix qui est la devise des bénédictins et qu’il paraissait posséder plus que nous tous. 

mercredi 3 janvier 2018

Un nouvel autel pour la chapelle de la Sainte Famille

Nouvel autel pour Namur
Nos amis belges de la Fidélité Catholique savent saisir les bonnes opportunités pour embellir leur petite chapelle. Il n'est plus facile de trouver aujourd'hui de beaux autels et encore moins d'en faire fabriquer un par un artisan compétent.

Mais un ami belge a réussi à trouver ce petit trésor caché et nous l'a offert. Inutile de vous dire la joie des fidèles le jour de Noël lorsqu'ils purent découvrir l'autel installé !

L'autel, dans nos chapelles, est ce qu'il y a de plus important : il est le centre de la vie chrétienne parce qu'il est le symbole du Christ, mais plus encore de son Sacrifice rédempteur. Ce sont sur et par nos autels que  le Christ est Roi. C'est sûrement cette réalité (même politique) que beaucoup de prêtres de la Tradition semblent oublier pour s'orienter vers une politique de diplomatie ou de branding pour, pensent-ils, attirer les hommes vers Dieu. Il nous est bon alors de relire ce que disait Mgr Lefebvre aux futurs prêtres au sujet de leur ministère et de l'autel qui doit rester le centre de leur vie sacerdotale :

"Tout ce que vous pourrez faire, même si vous faites un apostolat social, un apostolat auprès des ouvriers, un apostolat auprès de toutes les classes sociales que vous aurez à évangéliser, que vous ayez du point de vue politique, je dirais, des options à prendre, tout cela c’est toujours en fonction de l’autel, en fonction de Notre-Seigneur, en fonction du règne de Notre-Seigneur, du règne social de Notre-Seigneur. Qu’est-ce qui doit déterminer vos options politiques ? Est-ce que cette option politique est la meilleure pour établir le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Si c’est cette option politique qui est favorable, et vraiment favorable au règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ, alors je suis pour cette option politique. Le règne de Notre-Seigneur. Hé, c’est ce que vous dites à la sainte messe : "que votre règne arrive". Donc, votre option politique découle directement du saint sacrifice de la messe, directement. Et tout, tout, tout, tout, tout se rapporte à cela. Vous ne pouvez trouver dans l’activité d’un prêtre quelque chose qui ne se ramène à l’autel parce que ça se ramène à Notre-Seigneur et que Notre-Seigneur a voulu nous donner toutes les grâces par le saint sacrifice de la messe, par la Croix. Tout nous vient, toutes les grâces nous viennent par le sacrifice de la Croix, et donc par le sacrifice de l’autel, elles se répandent à travers les sacrements, elles se répandent à travers les prières, elles se répandent à travers la vie chrétienne, mais tout, tout vient du sacrifice de la Croix, c’est à ce moment-là que vraiment le démon a été vaincu et que la vie est sortie de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ."

mardi 2 janvier 2018

L’importance de la Culture – II

Kyrie Eleison DXLVI (30 décembre 2017)

De Dieu seul peut venir la meilleure culture,
Car sans Dieu l’Occident se vautre dans l’ordure.


Revenons au Président de la Russie, Vladimir Poutine. Ce chef d’État entend selon le sens commun la notion de “culture” : il lui donne une acception très large, mais réelle, incluant les valeurs, les normes et le mode de vie des différents peuples sur le plan national et international. C’est dire qu’il conçoit la « culture » d’une manière politiquement fort incorrecte, dans la mesure où les ennemis du genre humain et de Dieu cherchent à homogénéiser toutes les nations pour les fondre dans un magma global que l’Antéchrist parviendra plus facilement à dominer par la tyrannie mondiale que ces ennemis appellent de leurs vœux. À l’inverse, Dieu étale dans sa création une étonnante variété, car plus les êtres sont différents, et mieux ils reflètent la plénitude de Son Être divin. Or, toute variété ordonnée va comporter des êtres plus parfaits et d’autres moins parfaits : en d’autres termes elle comportera une inégalité. C’est pourquoi les ennemis de Dieu, au nom de l’égalité, veulent tout niveler par le bas. Un exemple classique est leur trilogie :”Liberté, Égalité, Fraternité”. A l’inverse, les catholiques souhaitent que toutes les créatures restent aussi variées et aussi inégales que le Créateur les a voulues lorsqu’Il leur a donné l’existence. Poutine est à cet égard du côté de Dieu.

S’adressant, en octobre dernier, à un groupe international de jeunes venus à Sotchi en Russie pour le 19ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, il a dit : http://​en.​kremlin.​ru/​events/​president/​news/​55842

L’Inde, notre voisin de gauche, compte 1,2 milliard d’habitants et la Chine 1,5 milliard. Quant aux États-Unis, ils reçoivent de plus en plus d’immigrants. Pour autant que je sache, la population chrétienne blanche aux État s Unis est récemment devenue une minorité, soit moins de 50% de la population totale. Mon propos est de montrer que le monde est en train de subir un changement d’ensemble spectaculaire. Je ne dis pas : c’est bon, ou : c’est mauvais ; je dis simplement qu’il s’agit là de changements fondamentaux.

Le territoire de la Russie est vaste, avez-vous dit ; vous avez raison, il l’est, en effet. Mais d’Ouest en Est, il s’agit d’un espace eurasien. Pour ce qui concerne la culture, la langue, le groupe linguistique et l’histoire, voilà incontestablement un espace européen dans la mesure où il est habité par des personnes de culture européenne. Si j’en parle, c’est parce que c’est ce que nous devons préserver si nous voulons conserver une place importante dans le monde – et je ne dis pas cela d’un point de vue militaire ou de quelque autre point de vue similaire. Car il ne faut pas diviser les peuples en fonction de leur appartenance ethnique, et il n’est pas bon de regarder en arrière, en évoquant, par exemple, la guerre entre la France et la Russie de 1812 à 1814 ; tournons-nous plutôt vers l’avenir pour construire un avenir commun allant dans un même sens.

C’est ainsi que la Russie et son peuple resteront une entité importante dans ses relations avec les pays asiatiques et le continent américain. Si nous ne parvenons pas à préserver la Russie, elle se divisera en associations d’États de moindre importance qui finiront par perdre toute influence dans le concert mondial. Si nous préservons la Russie, cela constituera aussi un grand avantage pour le développement de toute l’humanité, car la Russie représente une partie importante de la culture mondiale ; c’est pourquoi il faut absolument qu’elle soit préservée.

Voilà qui est indubitable. Une partie importante de la culture des hommes a toujours consisté dans la littérature, les arts visuels et la musique car, d e tous temps, les êtres humains ont besoin d’histoires, d’images et de musique pour traduire et partager ce qu’ils ressentent. C’est pourquoi le théâtre et le cinéma, qui réunissent ces trois genres, sont si influents, en particulier aujourd’hui le cinéma. Or, en littérature, la Russie compte nombre d’auteurs de renommée mondiale : Pouchkine, Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Soljenitsyne, etc. ; en musique : Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, etc. ; au cinéma, Eisenstein et Tarkovski ont une réputation internationale. Poutine a raison. Grâce à ses longs hivers et à ses penseurs profonds, la Russie, peut beaucoup apporter au monde. Cette culture russe n’est-elle pas de loin supérieure au tas d’ordures qui expriment ce qui se passe dans beaucoup d’hommes du magma global ?

Priez pour que Poutine ne soit pas assassiné : les ennemis de Dieu le haïssent – non sans raison – car il conduit son pays vers la Consécration au Cœur Immaculé de Marie qui, au moins pour un temps, retardera la venue de l’Antéchrist. Qu’Elle veuille le protéger.

Kyrie eleison.

FSSPX.news : comme un souffle de catholicisme libéral…


Le site MPI a publié cette analyse bien révélatrice de l'état actuel de la FSSPX; l'évolution est parfois subtile ... 

Par la voix de la FSSPX, on croyait le catholicisme traditionnel, c’est-à-dire le catholicisme authentique, résistant aux projectiles des catapultes ou des trébuchets les plus redoutables. Héritière de ce catholicisme bimillénaire, le seul à jamais pertinent, et fière de porter l’héritage, l’auguste société sacerdotale formait des prêtres chargés de conquérir les âmes d’ici-bas. Ces âmes malades, ces âmes qui se perdent dans le maquis des idées du monde ou s’isolent dans l’incompréhension des choses de ce monde. Mais cette conquête des âmes, et même de toutes les âmes qui peuplent les nations de la Terre, n’est pas une conquête à la César, ni à la Brutus contre César. Elle est d’ordre divin. Elle est de prescription divine : « allez enseigner les nations ! ». Elle est d’instruire au dépôt (doctrinal) de la Foi ; elle est aussi d’ouvrir les yeux de l’ignorant au trésor liturgique de la Sainte Eglise.

La FSSPX tenait l’étendard du Christ Sauveur dressé, au cœur d’une modernité de plus en plus orpheline de Dieu malgré deux mille ans de Révélation ininterrompue. Elle élevait l’hostie et le calice pour leurs plus humbles adorations. Elle portait, au-delà des rivages, la voix de son Divin Maître par le chant grégorien et la procession liturgique. Elle prêchait le Verbe de Dieu par-delà les haussements d’épaule ou le sarcasme des consciences rétives. Elle affrontait la logorrhée du penseur ou du théologien libéral qui fait du « moi-je » le centre de sa méditation spirituelle. Elle était, à la légion du Christ et de sa Sainte Mère, la chevalerie en marche, prête à en découdre avec l’erreur doctrinale et à freiner ses métastases. Les mots de la Foi sortaient de sa bouche avec force ; le courage de l’Espérance animait sa volonté au combat, et la Charité de ses actes éveillait, pour les soulager, les âmes blessées. Elle était forte dans son isolement au monde et se faisait plus forte encore en son devoir de demeurer fidèle à l’Eglise de toujours, à la messe de toujours, aux sacrements de toujours, malmenés tous ensemble par la foule ironique et rebelle des athées ou des catholiques libéraux.

Or, à l’aune d’un « réchauffement climatique » dont on nous rebat idéologiquement les oreilles, il apparaît que le souffle à l’intérieur de cette société se réchauffe à son tour. Les chefs, jadis au « présentez armes ! », se mettent au repos sans que l’ordre du Divin Maître ne les y invite. Ils déposent leur paquetage pour s’aller désaltérer à la buvette de la maison Sainte-Marthe ou se retirer à l’ombre d’un parasol romain. Par lassitude de ces chefs actuels, sans doute aussi par la pusillanimité qui gagne leurs esprits, ce tout d’ordre de l’Eglise militante, devient une sorte de bateau ivre, un forum où les opinions se croisent, un piaillement de basse-cour sur les commodités d’un nouveau modèle ou d’un nouveau statut canonique à recouvrir, car ceux-là même qui le dirigent, taisent ou relativisent les désordres qui, de l’extérieur, le troublent à l’intérieur. La machine libérale est alors en marche : se faire bien voir de l’autre, à Rome ou sur les quatre continents ; tenir des mots doux ou lénifiants, susurrer le vrai à reculons, le réduire au silence ou le négliger par omission.

De fait, à l’heure d’internet, à l’heure où le porte-voix se fait planétaire, l’ordre du combat est édulcoré pour céder la place aux sirènes du vivre-ensemble. Les mots sont départis de la volonté qui les anime. Le fondateur de la FSSPX ne s’est jamais dit vaincu, ni senti à l’extérieur de l’Eglise, ni n’a jamais consenti à l’indécent reproche que les autorités de l’Eglise lui firent de se vouloir, à lui seul, l’Eglise. Il était un homme d’Eglise, au sein de l’Eglise, arc-bouté à celle-ci, investi de la mission de la défendre contre les esprits retors qui l’envahissent depuis plus d’un siècle et que Vatican II a magnifiés. La FSSPX est une œuvre d’Eglise, au cœur même de l’Eglise, mise au rebus par le poison libéral qui la dirige à Rome et dans les diocèses du monde entier. Il est de nécessité publique de l’écrire et de l’affirmer. Il est même de nécessité catholique de l’oser répéter à ses dirigeants actuels.

Or, ce poison libéral a pénétré cette œuvre apostolique instituée il y a presque cinquante ans maintenant. Il a endossé le costume du coquet impétrant qui courtise la belle mariée au mépris de toutes les règles de la bonne moralité. Car la FSSPX est « mariée », oui ! « mariée » avec le magistère pérenne. Elle est l’épouse du rite tridentin érigé en sceptre de magnificence au cours des siècles de chrétienté catholique ; elle est la servante d’un seul Seigneur pour la promotion de l’ordre sacerdotal et se doit de refuser toute altération de ce lien royal. L’adultère est libéral, le divorce est libéral, le concubinage est libéral. Le mélange des idées est libéral, la confusion des genres et des espèces est libérale. Rien de ces parjures libéraux ne saurait, sans traîtrise, triompher du but fixé par le fondateur de cette société.

Lorsque l’on lit, aujourd’hui, le site dédié à la communication de la Maison Générale, FSSPX.news, l’on ne voit ni le rejet des courtisans romains ni celui de leurs supplétifs aux sourires biaisés qui tiennent leurs doigts croisés dans le dos. L’on y lit des brèves ou des notes d’actualité sur le Vatican ou l’Eglise dans le monde, sans le moindre rappel à l’ordre doctrinal, sans la moindre indignation spirituelle ni la moindre interpellation théologique.

Plusieurs articles, entre autres et actuellement en ligne, feront foi de cette démission de la pensée face à l’erreur : François exhorte la Curie à dépasser la logique des complots, Le maître des cérémonies du pape donne sa définition de la liturgie et François confirme le cérémoniaire de Benoît XVI dans ses fonctions . Nous sommes là dans le donné brut, froid, orphelin du commentaire dirigé et qui laisse au lecteur le soin de se faire sa propre opinion. Le catholique libéral est ainsi fait : pétri de toutes ces indépendances du vrai et du bien ; de l’indépendance de l’intelligence et de celle de la volonté ; de celle de la conscience et de celle du sentiment ; de celle du corps, du présent, de la raison, de l’individu, bref de l’indépendance de l’homme, dans tous ses états, parce qu’il est redevenu ce Protagoras en qui réside la mesure de toute chose.

S’avise-t-on de lui faire reproche de cet état d’esprit, il sort aussitôt les griffes, lance des oukases soviétiques contre la soi-disant révolte, sanctionne les auteurs, réduit au silence l’un, expédie l’autre au bout du monde, et lui oppose son « droit à… ». Les leçons du Pape François sont vite apprises.

Que le site internet de la Maison Générale, qui se réclame du saint Pape Pie X, grand pourfendeur des hérésies de notre temps, se fasse désormais le relais, sans commentaires, des erreurs libérales et modernistes qui siphonnent le corpus doctrinal de l’Eglise, relève de l’imposture. Il convient, hélas, de le mesurer…

Gilles Colroy

Le bien commun (suite)


Dans cette 2ème partie, M. l'abbé Chazal nous rappelle que le bien commun est aussi bien pour le bien du tout que pour le bien particulier. Le danger sera donc d'osciller vers la recherche exclusive du seul bien particulier (esprit démocratique et individualiste ou tyrannique) ou vers la seule recherche du bien du tout (totalitarisme, socialisme, fascisme, nationalisme). 
Dans l'Eglise le bien commun est la maintenance de la Foi plus que les oeuvres. Dans la crise actuelle de l'Eglise, et dans l'attente de la conversion de Rome, le bien du tout sera la recherche de la maintenance de la Foi. 



II - LE BIEN COMMUN EST-IL LE BIEN DE TOUTES LES PARTIES OU LE BIEN DU TOUT?

-Objection I : Les hommes ne sont ni généreux, ni bienveillants, au point de faire dire à Aristote qu'ils sont moins poussés à la révolte lorsqu'on assassine un de leurs proches, que lorsqu'on s'empare de leur propriété.

-Objection II : Le tout est-il concevable sans les parties? Ce sont plutôt les parties qui supportent le tout, chacune acceptant de se coordonner aux autres pour lui.

-Objection III : Le bien ou la fin pour laquelle les hommes s'unissent en société est la promotion de la personne humaine. Tout ce qui n'est qu'une création de l'homme (l'État, la société, les autorités) ne sera jamais qu'au service de l'homme.

Réalisation en acte de la nature humaine, le bien commun ne saurait se contenter d'être seulement le bonheur des parties individuelles de la société.

Le bien commun est à la fois utilitaire (ou individuel), en ce qu'il vise la perfection de chacun des membres; et désintéressé (ou collectif), dans la mesure où la vertu de tous est la conséquence de celle de chacun (VII Pol 13). Une société ne saurait exister sans unité sociale; sans que le bonheur soit partagé par tous les membres (VII Pol 2).

Basculer excessivement sur l'un ou l'autre aspect introduit les ferments mortels de l'individualisme libéral et de son pendant totalitaire. Chacune de ces deux erreurs, par la simple constatation des conséquences perverses de l'excès qui lui fait face, finit par se renforcer, si bien que l'apparition d'un régime à la fois totalitaire et sauvagement individualiste n'est pas à exclure.

Mais il y a plus: entre le bien de l'individu et celui de la société, c'est le bien de la société qui l'emporte en excellence. Quoique le bien commun passe par la perfection de chacune des parties, on ne peut pas dire que l'instrumentiste qui joue dans un orchestre recherche sa propre perfection comme son seul but, car il est évident que l'orchestre produit une perfection qui est autrement plus grande que la pure addition, même cohérente, des sons des instrumentistes. L'instrumentiste ne vient pas pour écouter sa musique, mais pour écouter et jouer dans l'orchestre, pour participer à une perfection plus haute que la sienne propre. Le bien commun est le bien du tout pris comme tout, et c'est le meilleur bien du bien particulier.

Le tout (Cité) est antérieur à la partie (chacun de nous), comme un corps par rapport à ses organes (I Pol 2). La partie est ordonnée au tout pour la production d'un bien qui répond à la proportion  du tout, et pas seulement de la partie. Et quand une partie s'expose pour le tout, ce n'est pas tant pour la multitude des parties qu'elle le fait, que pour maintenir la perfection du tout. On voit cette même réalité dans les œuvres de la nature, par exemple dans une ruche: peut-on dire que les abeilles vivent et travaillent plus pour les abeilles qui suivront, ou plutôt travaillent-elles pour que la ruche ou l'espèce même subsiste? Certes, la subsistance de la ruche passera par le bien des abeilles, mais ce n'est pas cela qui est ultimement visé par l'intention de la nature. Le soin que la nature apporte au fonctionnement de chaque partie ne se conçoit jamais en dehors de la recherche d'une perfection plus grande de l'ensemble. Ainsi, on ne peut pas se contenter de dire que la société soit pour la personne sans s'exposer à une dérive fâcheuse, hélas, ô combien!

- Réponse I : L'égoïsme de la plupart des hommes est de l'essence même d'une société décadente, mais cela n'empêche pas le dévouement au bien commun d'être possible, de naître et de se manifester spectaculairement, même en temps de décadence.

- Réponse II : Toute partie naît avec des points d'ancrage dans les autres parties. Cette relation avec les autres parties en vue du tout est si profonde, qu'elle atteint l'essence même de son être.   Sa dépendance originelle et ses premiers réflexes montrent que l'homme est ordonné à la société avant même qu'il commence à en avoir conscience. Ainsi la partie est faite pour le tout.

- Réponse III : La personne humaine est certes le réceptacle de tout ce qui sera déposé en elle par la suite, à ce titre elle vaut bien quelque chose; mais en tant que telle, elle est un être complètement inachevé, potentiel, absolument imparfait et dépendant d'une société. Le but commun est d'assurer la perfection de chacune des personnes non pas de façon individuelle mais organique. Ce que nous apprenons le plus dans n'importe quelle école, c'est à servir la société (exemple: par un métier) plutôt qu'à être servi.

Après avoir ainsi reçu sa perfection de la société, la transmission de perfectionnement aux autres personnes lui devient une nécessité naturelle parce que:

  • ·         L'existence organisée de la société ne saurait subsister sans ce service (qui est une juste tradition d'une perfection précédemment reçue).
  • ·         Tous les hommes (et les femmes plus encore), reconnaissent un jour que ce qu'ils ont fait de mieux sur terre est de s'être donné à leurs proches, malgré les sacrifices et l'effacement, poussés par un instinct naturel irrésistible de combler un ou plusieurs êtres aimés, parce  que semblables à soi. (I, 106, 4, c).

À ceux qui mettent la société au service de la personne à cause de la vocation de cette dernière à posséder Dieu, demandons pourquoi ce même Dieu exige la soumission de la personne aux lois justes de la société temporelle (Rom. XIII). Ce n'est pas la personne, mais Dieu, qui a créé la société et lui a soumis la personne.

Si conflit il y a entre deux sociétés (l'une naturelle, l'autre surnaturelle), on ne résout rien en enfermant chaque société (l'une des individus, l'autre des sacrosaintes personnes) dans sa sphère étanche qui n'existera jamais ailleurs que dans l'imagination de Maritain (or, une personne est un individu rationnel). Non, les deux sociétés sont voulues ensemble par leur Auteur.


Maritain prétend opposer les droits de la personne à ceux de la société, sous prétexte de la soumission de la personne devant Dieu pour ne pas avoir à rappeler à contretemps la soumission de la société à son bien commun et occulter, de façon frappante, les droits de Dieu sur la Cité!  Dieu, le Souverain Bien, est le bien ultime de la Cité, le bien commun par excellence. 

A suivre ....

lundi 1 janvier 2018

Croisade de la Charité

L'année centenaire des apparitions de Fatima s'est clôturée hier, mais nous nous tournerons encore une fois vers la famille de Lucie pour y trouver un autre exemple de Charité vécue dans une simple famille chrétienne, l'enseignement du Catéchisme.

Peut-être que certains de nos lecteurs nous ont rejoints au cours de l'année 2017 et ne connaissent pas cette Croisade de la Charité lancée il y a un an; d'autres ont peut-être oublié ou n'ont pas fait attention.  En ce début d'année, un petit tour par cette page permettra à tous de prendre de bonnes résolutions.

"Et nos Credidimus Caritati"  

(Devise de Mgr Lefebvre)


Bulletin de la Sainte Croix n°54 (Décembre 2017)

En ce premier jour de 2018, Dom Thomas d'Aquin nous rappelle ce qui s'est passé il y a trente ans, et qui est toujours d'actualité !





Bien chers amis et bienfaiteurs, 

Parmi les anniversaires qui ont marqué cette année 2017, il y en a un, bien modeste, qui regarde notre communauté de Santa Cruz : les trente années de fondation de notre monastère. 

Le 3 mai 1987, avec la présence de Mgr de Castro Mayer, de ses prêtres et des amis de Rio, de Campos et d’autres villes du Brésil, notre monastère a été officiellement fondé avec une messe solennelle. 

Cette année 1987 a aussi été celle de l’annonce des sacres ; annonce que Mgr Lefebvre a fait aux ordinations à Écône et qui a fait réagir Rome, avec tout ce qui a suivi. 

Notre monastère a été mêlé de près à ces événements qui ont abouti aux sacres de 1988. Mgr de Castro Mayer est parti pour Écône accompagné de trois de ses prêtres et du prieur de Santa Cruz. L’acte héroïque de foi, de prudence et de charité accompli par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988 a été suivi d’une tempête chez nous. Dom Gérard a préféré se séparer de Mgr Lefebvre à cette occasion en acceptant l’offre que Rome lui faisait de « régulariser » notre situation. « Rome donne tout et ne demande rien, comment puis-je refuser ? » C’était faux. Romedemandait le ralliement du Barroux et celui de Santa Cruz. Par la grâce de Dieu, Santa Cruz n’a pas suivi Dom Gérard dans son « opération suicide », et a suivi Mgr Lefebvre dans son « opération survie » - expressions employées lors du sermon du 30 juin 1988. 

Aujourd’hui, il semble que nous revivons ces mêmes événements. Cette fois-ci, ce sont les dirigeants de la Fraternité Saint Pie X qui tiennent la place de Dom Gérard. En 1988 ce dernier n’a pas voulu entendre les avertissements de Mgr Lefebvre, qui lui disait : « Prenez garde au serpent romain ». Paroles, certes, bien fortes, mais, malheureusement, bien vraies. Dom Gérard n’en a pas tenu compte (1). Aujourd’hui c’est Mgr Fellay qui fait de même. 

« Il n’y a que les saints qui croient au mal », disait Corção. Saint Pie X y a crut. C’est pourquoi il a écrit l’encyclique Pascendi. Mgr Lefebvre aussi. C’est pourquoi il a sacré quatre évêques en 1988 sans l’accord de Jean Paul II. Suivons de tels maîtres. L’amour du bien va de pair avec la haine du mal. « Dilexisti justitiam et odisti iniquitatem » (Héb. I, 9). Que la Tradition ne soit pas victime d’une nouvelle « opération suicide », mais qu’elle sache attendre l’heure de Dieu où un Pape vraiment catholique fera régner la Tradition à Rome. 

+ Tomás de Aquino OSB 

(1) Ces paroles, Monseigneur les avait écrites dans un mot remis à Dom Gérard, qui me les avait montrées. Je les garde en mémoire.